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France. Je t’aime mais je te quitte.

Entre 1.5 à 2 millions. C’est le nombre de Français qui ont décidé de faire leurs valises et de s’établir à l’étranger. Avant de vérifier quelle heure est-il à San Francisco pour pouvoir skyper avec votre ami en exil depuis quelques années, je vous propose de vous pencher sur les raisons qui l’ont motivé mais aussi les raisons susceptibles de le rendre nostalgique du béret et de la baguette.

La chambre de commerce et d’industrie de Paris-Ile de France vient de rendre public ses chiffres sur ses Français mais surtout ses jeunes qui décident de partir.

Qui part ?

Nous parlons ici, et c’est ce qui demeure le cœur du « problème » d’une population active et qualifiée. Pendant que la population active croit de 0.6% en moyenne, les Français qui prennent le parti de quitter la France augmente de 3% à 4% par an (60 000 à 80 000 personnes). Et ce depuis les 10 dernières années.

Les jeunes

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La première population à laquelle on pense lorsque l’on parle de mobilité ce sont les jeunes. Grâce notamment aux différentes possibilités qui se présentent à eux pendant leurs études par le biais des programmes type Erasmus et autres proposés par leurs écoles. Cependant ces jeunes-ci partent à un moment donné, pendant une période bien définie.

Les autres jeunes qui décident de quitter la France, ceux qui inquiètent donc plus la CCIP ce sont ceux qui après leurs études, accordent à leur future carrière un regard tourné vers l’étranger. Ceux qui ne voient pas d’évolution intéressante dans le pays qui les a formé.

Mais pourquoi ces jeunes cherchent-ils à partir plus ou moins loin de leurs frontières ? Qu’est ce qui, d’après eux, au-delà de leurs envies de voyages, trouveront ils à l’étranger et ne peuvent trouver en France ?

Tout d’abord, il convient de se rapprocher des principaux intéressés. Les résultats d’une étude réalisée par France Télévision visant à connaître l’avis des jeunes sur leur propre génération est sans appel ; pour définir la jeunesse d’aujourd’hui se sont les qualificatifs de « génération sacrifiée » et « jeunesse perdue » qui reviennent le plus.  Quel enthousiasme ! Une morosité dans l’esprit des jeunes diplômés est donc bel et bien présente, notamment lorsqu’on leur parle du marché de l’emploi. Le seul argument qui les motiverait à rester en France et qui arrive en tête dans cette étude est le niveau de vie. Mais paradoxalement, une majorité pense que l’état du marché du travail est déplorable, tout comme l’état de l’économie et celui de l’environnement social et politique.

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Lorsque l’on zoom sur les chiffres de ces jeunes qui partent, d’après une étude de Mondissimo, de 2005 à 2013 ceux qui souhaitent établir un séjour supérieur à 10 ans sont de 38% en 2013 contre 27% en 2005. Et le baromètre de Deloitte évoque un chiffre de 28% pour les jeunes diplômés qui envisagent une expatriation à vie. C’est ce dernier chiffre qui inquiète le plus les entités politiques et économiques. Que les jeunes partent pour se confronter à leurs égaux sur une échelle internationale dans le but de revenir en France avec une vision de leur travail différente est une bonne chose, mais que les jeunes partent avec le seul but de créer de nouvelles et éternelles racines à l’étranger est beaucoup plus embêtant. Quelle en sera la conséquence économique dans la décennie à venir ?

Pour illustrer tous ces chiffres et propos, voici un reportage de France Télévision qui s’interroge sur cette « fuite de jeune cerveau » :

https://www.youtube.com/watch?v=BuJVcyoQ2SU#t=85

On peut le constater, les raisons de Jean-Philippe et Alexandra qui les ont poussé à quitter la France pèsent et font même tomber la balance. Une fois sortis de l’école de commerce ils ont pu tous les deux prétendent à des emplois à hautes responsabilités avec des salaires qui donnent bien envie de prendre un billet aller. Sans retour.

Jean-Philippe et Alexandra incarnent donc bien plus qu’une génération ayant soif d’ailleurs. Là ou une époque l’opinion disait que le départ des français permettrait une promotion de la culture et des valeurs française à travers le monde, il en demeure aujourd’hui un constat amer. Dans cet « ailleurs » les jeunes trouvent une réponse à leur prétention salariale, à leur niveau de vie souhaité. Pour eux, avant même d’avoir commencé leur carrière ils savaient que la France ne pourrait répondre à leurs attentes. Par ailleurs, Jérémy, exprime son souhait de s’enrichir en Australie, puis dans le futur, revenir en France fort de son expérience. Je ne sais pas vous mais j’y crois que moyennement.

Mais n’est ce pas une vision idyllique de ce phénomène ? L’herbe est elle vraiment plus verte en Australie ou en Angleterre ? Avant d’y répondre l’ensemble des données précédemment évoquées ont bien besoin d’être nuancées.

Même si on le sait, la crise est passée par là et a amplifié cette fuite de cerveaux, d’après le directeur de la première étude Jean-Luc Biacabe, ce phénomène est beaucoup plus important dans nos pays voisins ! En effet, les Italiens, les Britanniques ou les Allemands seraient beaucoup plus nombreux à faire leurs bagages. D’après une étude réalisée par l’ONU 4.7 millions de britanniques sont expatriés et pire, les trois quarts d’entre eux n’auraient aucunement l’envie de rentrer dans leur pays d’origine.

Autre argument pour nuancer cet état à l’accent alarmiste ; la France attire elle aussi les talents du monde entier, elle reste le 3ème pays à accueillir en masse des étudiants étrangers. Alors ce phénomène bien qu’il fasse couler beaucoup d’encre n’est finalement peut être qu’un processus de sablier. On les laisse partir mais on en accueille d’autre.

Et puis autre fait à ne pas négliger : la mobilité en Europe. En facilitant les échanges les politiques n’ont-elles pas permis et souhaité ce « troc » des jeunes diplômés ? D’autant plus que 50% des jeunes français qui quittent leurs pays le quittent pour des horizons européens. Ce risque de perte de cerveaux serait donc plus une chance qu’une menace, une chance de faire vivre la zone européenne avec une vision économique saine et homogène.

Alors certes, de plus en plus de diplômés de ma génération voient leur avenir dans des couleurs différentes qu’en bleu, blanc et rouge mais les chiffres et l’optimisme que l’on peut puiser dans cette « mondialisation de cerveaux » atténuent nettement son caractère catastrophique.

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