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Journaliste : est-ce un métier d’avenir ?

Le web 2.0, le succès des réseaux sociaux ou encore la crise de la presse écrite qui sévit depuis plusieurs années, font qu’aujourd’hui le métier de journaliste est clairement menacé. Ce dernier devient de plus en plus précaire : ceux qui arrivent à décrocher leur carte de presse sont majoritairement des pigistes, des CDD et des chômeurs. La réussite de certains blogueurs y est forcément pour quelque chose, seraient-ce eux les nouveaux journalistes du web ? Le journalisme a-t-il encore de beaux jours devant lui ou se fera-t-il avaler par les avancées fulgurantes du web ?

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Journaliste, un métier de moins en moins séduisant

Avec le contexte actuel – crise économique ; de la presse  écrite ; chômage ; accélération du web 2.0 – le métier de journaliste a perdu ses lettres de noblesse.

Tout d’abord, il est de plus en plus difficile d’obtenir une carte de presse,  outil indispensable à cette profession pour obtenir toutes les accréditations nécessaires à l’exercice du métier. La CCIPJ (Commission  de la Carte d’Identité des Journalistes Professionnels) a dénoncé une baisse significative de journalistes qui parviennent à décrocher leur carte de presse : 1716 attributions de cartes en 2013 contre 1993 en 2012.

De plus, le métier n’est plus aussi bien rémunéré qu’auparavant. En effet,  le tarif du feuillet est toujours plus bas, ce qui amène près d’un tiers (29%) des professionnels à pratiquer un second job car leur salaire est insuffisant.

Le site américain Careercast a mené une étude en avril 2013 qui révèle que les journalistes de presse aux Etats-Unis sont à la tête du classement des « pires métiers à exercer » et ce, pour deux raisons : de mauvaises conditions de travail dû au stress ainsi que la faiblesse des revenus.

L’ère de la digitalisation 

La révolution informatique et numérique ont amené le journaliste à adopter un nouveau comportement et à acquérir de nouvelles compétences. Ces changements, comme tout changement, ont leurs aspects positifs et négatifs.

hier aujourd'hui

Voyons tout d’abord les avantages :

Désormais, les délais de bouclage sont plus rapides et les journalistes peuvent avoir un accès plus simple à de nombreuses ressources grâce à Internet. De plus, tous leurs contenus sont mutualisés, que ce soit les photos, les vidéos ou encore les interviews, textes, documents : un gain de temps considérable.

Puis, ils sont au fait de l’opinion du lecteur, du téléspectateur ou encore de l’auditeur. Grâce au web 2.0, aux réseaux sociaux et leur interactivité, il est facile de s’informer des avis du public et de s’adapter si besoin.

Intéressons-nous aux inconvénients, plus nombreux :

Premièrement, que ce soit sur le web ou le mobile, le flux d’information est continu, augmentant ainsi la réactivité et donc la charge de travail du journaliste. Ce qui le rend moins efficace et plus stressé.

Puis, l’immensité du web et ses innombrables sources éloignent les journalistes de leur travail de base : aller sur le terrain. Aujourd’hui, il suffit de se renseigner sur Google ; sauf que le journaliste ne veille pas à la véracité de l’information, ne vérifie pas ses sources et perd donc de sa légitimité.

On observe également une montée fulgurante du « journalisme lol », autrement appelé l’infotainment, mélange d’information et de divertissement, comme par exemple « Le Petit Journal » de Canal +. Ce type de journalisme à grande audience généralement, fait perdre de la crédibilité aux journalistes et à leur travail de fond.

Avec la rapidité du web et la multiplication des contenus, le journaliste doit pouvoir adapter son écriture pour la rendre plus incisive, plus attirante, ce qui ne correspond pas à son cœur de métier : transmettre une information objective et vérifiée. De plus, les journalistes ne faisant pas partie de la génération Y ont forcément dû acquérir de nouvelles compétences techniques avec l’informatique et intégrer les diktats des médias sociaux.

Enfin, les journalistes vivent depuis quelques années une réelle rivalité avec les blogueurs qui ont envahi la Toile avec leurs articles, leurs commentaires, leurs comptes Twitter, Facebook, ou encore Instagram qu’ils maîtrisent à merveille.

Les blogueurs sont-ils les nouveaux journalistes ?

blog bis

Selon Larousse.fr, un blogueur est un « internaute qui tient une chronique personnelle ou consacrée à un sujet en particulier ».

Selon moi, il existe de larges différences entre le journaliste et le blogueur, qui font que les deux sont complémentaires. En effet, le journaliste est un professionnel qui a suivi une formation pour écrire et mener des reportages. Il donne un point de vue objectif sur l’information et suit des consignes éditoriales.

Quant au blogueur, il a tendance à écrire uniquement sur des sujets qui le   (la) passionnent et mène cette activité dans un second temps, généralement sur le temps de ses loisirs, à côté d’une activité professionnelle. Il donne son point de vue personnel, et utilise ses diverses expériences, voyages, préférences, pour s’inspirer d’un sujet de rédaction.

De ce fait, nous pouvons dire que techniquement le blogueur n’est pas journaliste mais fait du journalisme  puisqu’il relaye des informations via un canal d’information qu’est le web. Cette nouvelle forme de journalisme est apparue en même temps que le web 2.0 et remporte beaucoup de succès auprès des internautes grâce à diverses techniques.

Tout d’abord, le style rédactionnel du blogueur est souvent accrocheur, illustré et l’information est très synthétisée. Sans oublier qu’ils n’hésitent pas à donner leurs opinions personnelles, incitant à créer des interactions avec les lecteurs, via les  commentaires. Cette forme de  conversation virtuelle incite aux échanges, et donne l’impression de connaître le blogueur comme on connaît un ami, car il est très transparent sur ses idées et ses goûts.

blogueuse

Le blogueur maîtrise totalement les codes de l’écriture web et c’est, je pense, ce qui fait leur succès. Les journalistes, quant à eux, ont encore trop tendance à développer leurs articles, comme sur le support papier. Sauf que sur le web ou le mobile d’ailleurs, les internautes et mobinautes lisent rapidement et ne prennent pas le temps de lire un article de fond. C’est pourquoi, il est nécessaire de s’adapter et donc d’être synthétique, accrocheur et visuel.

Néanmoins, pour ma part, un blogueur ne remplacera pas un journaliste. Le blogueur est trop critique et implique sa personnalité  dans ses articles, ce qui le différencie totalement d’un journaliste. De plus, un travail journalistique implique d’avoir ses propres sources, ce qui me semble indispensable pour une écriture de qualité et une information réelle tandis que le blogueur s’inspire de ses passions : de marques, de lieux ou encore de personnalités.

Le journalisme est loin d’être mort, à lui de s’adapter aux nouveaux codes du web.

About Pauline Lazarus

Etudiante en Master 2 RP/Event à l'ECS Paris, je suis en alternance au sein du Groupe BNP Paribas.
Curieuse sur tout ce qui concerne les nouvelles tendances et comment elles s'appliquent sur les relations presse et l'événementiel.

9 comments

  1. Plein de réflexions intéressantes, mais aussi d’a-priori. D’accord, un blogueur n’est pas un journaliste. En passant, je suis les deux : journaliste presse-TV pendant 40 ans, retraité et blogueur pour Le Monde, Mediapart et lameduse.ch. Vous écrivez : « Le blogueur est trop critique et implique sa personnalité dans ses articles, ce qui le différencie totalement d’un journaliste. » C’est un point de vue subjectif : le journaliste est aussi critique et s’implique dans ses articles. La différence, c’est qu’un journaliste a appris à vérifier ses sources, à les citer et à utiliser intelligemment ses recherches sur Google. Vous ne soulignez pas une tare des blogueurs : l’anonymat du pseudo. Dans mes blogs, je ne répond pas aux anonymes, comme je ne répondais pas aux lettres anonymes dans la presse ou la TV. Le Web et les nouvelles technologies sont un défi à relever pour les journalistes. Je peux tourner des reportages vidéo avec mon iPhone avec l’application Filmic Pro et les monter sur mon Mac. Les web-journalistes anglo-saxons utilisent ces technologies. Le journalisme est un métier d’avenir…pour ceux qui sauront maîtriser l’écrit, le son, la vidéo et le montage.

    • Merci pour votre commentaire.
      Je rejoins effectivement votre point de vue, qui est d’ailleurs le message de mon article : le journalisme a de l’avenir ! De nouveaux outils sont à la disposition des professionnels, je pense que les journalistes doivent les maîtriser et s’adapter du mieux qu’ils peuvent pour capter toujours plus l’attention face aux blogueurs. Pour moi, ce sont deux profils différents mais les deux sont essentiels et complémentaires.

  2. Oui notre métier a un avenir. Mais comme tous les métiers, il doit vivre sa mutation jusqu’au bout gràce au numérique. Les méthodes et les outils changent. L’esprit est immuable.
    JF Scherpereel – journaliste Reims

  3. Je vois beaucoup de fâcheux clichés et un manque certain de réflexions à ce sujet!

    Votre liste des avantages est plus que limitée! Le web est aussi le lieu d’investigations poussées et le journaliste doit veiller activement et surtout mettre en perspective et investiguer sur tout ce qui est balancé sur le web.

    Je vous cite: « Les journalistes, quant à eux, ont encore trop tendance à développer leurs articles, comme sur le support papier ». Si vous aviez un peu plus enquêté vous auriez pu constater que les tendances changent et qu’aujourd’hui certains lecteurs ont l’audace de lire des enquêtes de fond de plus de 40000 signes. Les internautes commencent à en avoir marre de l’info brute et ont envie de réfléchir.

    Je ne parle même pas de tous les nouveaux mode de narration suscités par le web: web-documentaires, diaporamas sonores etc.

    Je suis d’accord avec le 1er commentateur sur la subjectivité du blogueur. Quand le monde arrêtera-t-il de prôner une objectivité inexistante du journaliste! LE simple choix des infos ou des mots que l’on utilise pour les traiter est subjectif, tout comme la façon dont cela sera interprété par son lecteur, au vu de son éducation, son milieu social etc.

    Pardonnez-moi d’être un peu brutal mais il y a vraiment plus d’une chose qui me dérange grandement dans votre papier!

    • Julie,

      Ceci est un article et non une enquête de fond. Je n’ai pas eu l’occasion en mille caractères de développer le fond de mon opinion. Le journalisme à l’ère du web est un sujet qui suscite grandement mon intérêt puisque j’étudie les relations presse et je serais ravie de m’enrichir de votre point de vue.

      Cependant, j’ai assez enquêté pour tomber sur ce genre de sujet : http://www.lepoint.fr/high-tech-internet/les-journalistes-des-robots-27-03-2014-1806125_47.php

      Je vous cite « les internautes commencent à en avoir marre de l’info brute », que pensez-vous de la robotique journalistique ? Effectivement, les tendances changent.

  4. J’en pense qu’il fait garder un minimum l’esprit ouvert et arrêter d’avoir peur de l’inconnu.

    J’ai tendance à être d’accord sur le fait que si les robots-journalistes peuvent éviter aux journalistes humains de batonner des dépêches à longueur de temps et dégager ce temps à l’investigation, c’est très bien! Que les robots gèrent le flux, le brut, et que les humains réfléchissent!

    C’est comme pour la révolution industrielle; on a toujours peur que les machines remplacent tout, mais est-ce véritablement le cas? Non.

    Il y a aussi eu des exemples désastreux en journalisme robotique. Donc je ne crois pas que c’est demain la veille que le robot remplacera l’homme, qui a des capacités de réflexion et de mises en perspectives que le robot n’a pas.

    Je vous invite à lire le début d’un compte-rendu de discussion à laquelle j’ai participé, sur l’avenir des médias dans le numérique. Bientôt son intégralité sera disponible sur le site de l’EMI-CFD.

    http://juliesabatier.com/2014/03/10/quels-projets-editoriaux-a-lheure-du-numerique/

  5. Intéressant Pauline!

    Je suis le fondateur d’un nouveau site d’actualités un peu différent de ce que l’on peut trouver sur le web.

    zHappyng.com est un site qui ne reprend que les bonnes nouvelles de l’actualité française.

    Une grande majorité des français(es) considèrent que les médias accordent trop de place aux mauvaises nouvelles (baromètre 2014 La Croix-Ipsos 61%, sondage le Point Mars 2014 (13105 votants : 76.5%)

    Ce projet de start-up initié en début d’année et mis en ligne début Juillet commence à gagner en popularité en France mais également auprès des nombreux français expatriés.

    Persuadés que le pessimisme ambiant ne demande qu’à être combattu, nous apportons notre pierre à l’édifice avec zHappyng.com.

    Nous cherchons et publions sous forme de brèves les bonnes nouvelles de l’actualité française, celles-ci faisant rarement l’ouverture des JT ou les Unes des journaux.

    Parce qu’en France il y a aussi des bonnes nouvelles, nous les répertorions sur zHappyng.com à travers les catégories suivantes : Société / Culture-Loisirs / Eco-Business / Science-High-Tech / Sport.

    Beaucoup adorent déjà le concept de zHappyng.com et il suffit de parler du projet pour susciter l’adhésion.

    Alors n’hésitez pas à visiter, partager et surtout à en parler, on a besoin de visibilité

    Bien cordialement.

    Maxime

  6. Le métier de journaliste n’a plus vraiment d’avenir, notamment dans la presse écrite, à cause de la concurrence de l’info gratuite sur le net. Tous les quotidiens sont dans le rouge. Le problème, c’este que le métier fait encore rêver et qu’il y a pas mal d’écoles privées de journalisme qui vendent ce rêvent à prix fort !