Femens

Le phénomène des FEMENS

A leur apogée dans les années 60 et après un passage à vide au cours des années 2000, les féministes se sont refaites une beauté à l’aube de la nouvelle décennie. Aujourd’hui, elles ont un nouveau visage : les Femens. Vous n’avez pas pu passer à côté de ces jeunes femmes qui jouent la carte de la provoc’ pour prendre position sur divers sujets. Seins nus, ces néo féministes squattent les médias, la politique et les réseaux sociaux. Qui sont ces ukrainiennes topless qui n’hésitent pas à dépasser les limites pour défendre certaines causes ? Pourquoi vont-elles si loin ? Décryptage.

 

Quand les femens s’emparent de l’actualité

Désormais, à chaque nouveau débat, les Femens montent au front. TV, magazine, radio, elles sont partout. Leurs combats : la prostitution, les violences faites aux femmes, l’égalité des salaires mais aussi l’antiracisme, la laïcité, la protection de l’environnement, la liberté de la presse, la pauvreté… Leurs armes : leur corps à la plastique digne d’un mannequin. Elles affichent d’avantage leurs formes que le fond.

Leur dernière apparition publique a fait grand bruit dans les médias : le 18 novembre dernier, des militantes féministes des Femen ont été agressées, lors de la manifestation contre le mariage pour tous, organisée par l’institut Civitas (organisation de revendication catholique). Des activistes déguisées en nonnes, sont apparues seins nus devant la foule de manifestants composée notamment d’enfants. Leur corps portaient l’inscription « Fuck God ». Elles scandaient au milieu du cortège des slogans, tel que « In Gay we trust » tout en aspergeant les manifestants avec des extincteurs domestiques ayant comme nom « Jesus sperm » et « Holly sperm ». Ces actes jugés blasphématoires, ont entrainé une vague de violence incroyable dans les deux camps. L’indignation fut générale quant à l’animosité dont elles ont été victimes, mais beaucoup oublient qu’elles ont été les instigatrices du premier coup porté…

 

Le 31 mars 2012, elles étaient pourtant critiquées pour leur action « De la burqa à la nudité » au Trocadéro. Etait-il judicieux d’apparaitre nues pour défendre cette cause ? La nudité que l’on remarque est-elle une réponse au voile sous lequel une femme disparaît ?

 

Aussi, un autre scandale a récemment éclaté. Sur la toile, des internautes ont montré, preuves à l’appui, que certaines jeunes filles jouent un double jeu : femens le jour, elles deviennent escort girls la nuit. Beau statut pour des féministes qui ne cessent de proclamer : « La femme n’est pas un objet sexuel ». Quelle belle hypocrisie !

Le public n’est donc pas dupe. La légitimité des « guerrières courageuses » est malgré tout de plus en plus remise en cause.

 

Un « sextremisme » très contesté

On ne parle plus que d’elles, au détriment des autres associations féministes qui existent depuis de nombreuses décennies, telles que « Les chiennes de garde », « Osez le féminisme » ou encore « Les tumultueuses ». Plus que leur surexposition médiatique, ce sont leurs méthodes qui dérangent. Confrontation avec les autorités, garde à vue, interrogatoires… elles ne reculent devant rien, elles n’ont peur de rien, même pas de la loi.

Il est évident que ces déboires dégradent l’image du féminisme français. En 2013, les emblématiques féministes du MLF (« Mouvement de libération des femmes »), nous paraissent bien loin. Fondé lors de la mythique année 68, ce mouvement était à l’époque perçu comme une révolution et comme un modèle à suivre par une grande partie des femmes françaises. Certes, ces féministes ont suscité le débat, mais elles ont soulevé des questions fondamentales et ont exposé de véritables argumentations. Leur persévérance et leur volonté ont fait évoluer les mœurs et ont changé les mentalités (même si, au sujet de la parité hommes-femmes, un long chemin reste à faire…).

Ce n’est bien évidemment pas le cas des Femens. Leurs actions ne transmettent pas de message d’espoir, mais sont tout simplement anxiogènes. Leur activisme dépoitraillé provoque des frictions et d’immenses débats sur les blogs féministes. Certains mouvements féministes actuels craignent réellement que cette réputation sulfureuse n’entache leur image. Les Femens ne sont définitivement pas appréciées des autres mouvements féministes. Pire : elles sont perçues comme des dangers publics à la cause des femmes.

De plus, on leur reproche souvent de n’avancer aucun argument valable. Safia Lebdi, co-fondatrice du mouvement « Ni pute ni soumise », est à l’initiative des Femens en France. C’est avec assurance qu’elle rétorque : « L’action dit tout, pas besoin de dire des mots, d’avoir de longs débats, pour montrer que les femmes en France et partout dans le monde sont victimes de violences ».

 

Se montrer seins nus en Ukraine est incontestablement subversif, mais en France… Les femmes françaises ont-elles vraiment besoin des Femens, féministes ukrainiennes financées par un milliardaire allemand, pour défendre leurs droits sur leur propre territoire ? N’ont-elles pas assez prouvé leur force et leur détermination depuis la fin du 19e siècle ?

 

Féministes ou phénomène médiatique ?

Chacune des apparitions des Femens sont couvertes par les médias. On compte désormais dans la foule plus de journalistes à l’affut d’images sulfureuses que de militantes déchainées.  C’est que leur sens de la mise en scène fait audience. On se rappellera de la place des Vosges le 31 octobre dernier où 3 jolies blondes, grimées en soubrettes, armées de seaux de serpillères scandaient devant le domicile de DSK « Descends si tu es un homme ».

 

Le sexe fait vendre plus qu’autre chose, et ça, ces demoiselles l’ont bien compris. Elles ont adopté le modèle qu’elles dénoncent. Celles qui luttent contre la vision mercantile de la femme dans notre société, n’hésitent pas à recruter des ambassadrices correspondantes aux canons de beauté actuels. Certains se posent même la question : existe-t-il des Femens laides ?

La vraie question concernant les Femens serait plutôt : est-ce que le public y voit autre chose que des seins ? Pas si sûr dans ce monde de voyeur…

 

Tous ces éléments négatifs nous amènent à nous interroger sur la longévité du phénomène. L’omniprésence médiatique des Femens va-t-elle se perpétuer ? Le phénomène va-t-il s’inscrire dans la durée ou s’agit-il seulement d’un buzz ?  Une chose est certaine : les Femens n’ont pas fini de faire parler d’elles.

 

Camille Le Hyaric & Fabiola Canard

 

One comment

  1. « Sur la toile, des internautes ont montré, preuves à l’appui, que certaines jeunes filles jouent un double jeu : femens le jour, elles deviennent escort girls la nuit. Beau statut pour des féministes qui ne cessent de proclamer : « La femme n’est pas un objet sexuel ». Quelle belle hypocrisie ! »

    Il s’agissait uniquement d’une Femen et ex-journaliste, Éloïse Bouton, qui a démenti depuis. Alors « Quelle belle hypocrisie ! », un peu hâtif le jugement..
    Au lieu de jeter le bébé avec l’eau du bain, laissez-leur le bénéfice du doute (un peu de rigueur journalistique en bref) – et puis c’est bien de se corriger aussi.

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