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Cultivons nos écrans.

 

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Je me promène dans les rues de Paris. J’aperçois une belle lumière et une silhouette s’engageant dans l’ombre d’une allée. Je dégaine alors en un rien de temps mon smartphone pour figer ce moment sur mon écran. Une appli, deux applis, trois applis, je retouche, recadre, règle la saturation, l’ambiance, les contrastes,  et hop ! quatre minutes plus tard elle est postée sur les réseaux sociaux. Cinq likes en six minutes, puis 26 en une heure, et enfin 152 en 24 heures. Suis-je un photographe mobile, un artiste ? Ou ai-je juste la côte ?

La démocratisation de la photographie mobile : plusieurs étapes.

 

#1. Afin de répondre à la demande sans cesse croissante d’outils de communication plus performants et plus « communicants », les fabricants de téléphonie mobile ont développé ce que l’on appelle les smartphones. Ces ordinateurs de poche permettent un accès permanent à Internet et possédent de multiples fonctionnalités disponibles via des applications. En l’espace de quelques années, le nombre d’utilisateurs a largement augmenté et cette évolution ne cesse de suivre une courbe ascendante : en 2011, 27% des français possédaient un smartphone alors qu’en 2012, le chiffre passait à 38%, figure démontrant une démocratisation de plus en plus grande de ces outils de communication.

 

#2. Parmi les nombreuses applications disponibles, les smartphones possèdent une fonction photographique. Bien que le ce téléphone mobile ait pour but premier la communication, on a pu constater que la fonction photographique prenait désormais une place importante qui peut s’expliquer par deux innovations.

  • Premièrement, la meilleure qualité de l’objectif et donc des images produites.
  • Deuxièmement, les applications de retouche et de personnalisation des photos qui permettent de modifier le rendu esthétique premier de la photographie en y appliquant par exemple des filtres de couleur, en changeant la luminosité, les contrastes, les balances de blancs, etc. Elles se substituent ainsi à toutes les techniques complexes de tirage photo argentique effectuées dans des laboratoires spécialisés et en démocratisent l’accès.

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Ainsi, en 2012, 600 à 850 milliards de photographies mobiles ont été prises à travers le monde.

#3. L’émergence des réseaux sociaux est liée aux révolutions technologiques et techniques et de ce fait, le nombre d’utilisateurs a considérablement augmenté depuis ces dernières années. Le développement des appareils nomades multimédias a donc permis à une grande partie de la population de s’adonner à de nouveaux loisirs dont le partage en masse de photos sur les réseaux sociaux. Deux sociologues, Pierre Mercklé et Sylvie Octobre, nomment alors cette culture particulière ayant modifié les pratiques culturelles à l’ère du numérique, la « culture d’écran ». Désormais, le temps passé devant la télévision et celui passé devant les nouveaux écrans varie en sens inverse, un écran en remplaçant un autre.

#4. Ainsi, un nouveau type de réseaux sociaux spécialisés dans le partage de photographies a fait son apparition dans les années 2000 et ces réseaux se développent fortement de nos jours. On compte parmi les plus populaires, Instagram, Flickr, Pinterest et Tumblr. Avec Internet, la Photographie mobile s’est développée et est devenue l’une des pratiques les plus utilisées sur la toile. De nombreux internautes participent à cette culture de contribution en pratiquant la photographie pour capturer les évènements quotidiens, partager leurs passions et échanger avec leur communauté.

 

La photographie mobile : phénomène communicationnel ou pratique artistique ?

 

Réponse : les deux.

 

On peut en effet distinguer deux pratiques quelque peu différentes de la Photographie mobile sur les réseaux sociaux : ceux qui illustrent les moments forts de leur vie quotidienne grâce aux photos postées, ce qui pourrait s’apparenter à un journal intime partagé ; puis ceux qui souhaitent développer leur technique photographique ainsi qu’une démarche esthétique et artistique, grâce aux critiques et encouragements des membres de leur communauté.

Une pratique artistique controversée.

Si cette fragilité d’existence et de reconnaissance en tant que pratique culturelle se dessine dans le champ de la Photographie mobile, celle de sa légitimité artistique fait aussi l’objet de critiques à son sujet.

Pratique amateur, des images qui ne peuvent pas être à la hauteur d’une reconnaissance artistique à cause de limites techniques, « tricherie » des applications de retouche, outils communicationnel et publicitaire et non artistique.

Réponses des photographes mobiles : tout art a sa pratique amateur, les applications de retouche ne font que remplacer les labos photos où les photos sont belle et bien retouchées, ces applications démocratisent l’accès à la retouche photographique, il n’y a pas de distinction sans massification.

 

Des collectifs en mouvement.

Des photographes mobiles, acteurs du Web 2.0 participant ainsi à la « culture de contribution » en échangeant au sujet de la photo mobile et de leurs images en tant que photographes sur différents réseaux sociaux, blogs spécialisés ont à présent le désir de passer de ces échanges virtuels au réel. Ainsi, Mobile Photo Paris, le MOBAG, Emotion Daily, le Tiny Collective, autant de collectifs se forment alors pour réunir de manière officielle, ces photographes mobiles français ou francophiles.

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Mobile Photo Paris est la première exposition parisienne qui a lancé le mouvement au Bastille Design Center fin 2012 :

« Cet événement est emblématique d’un mouvement qui bouleverse les dogmes techniques et artistiques. C’est une manière de redéfinir ce qu’est la photographie, dans le contexte du bouleversement numérique ».

Ils donnent alors un ton revendicateur à l’exposition car désireux de légitimité pour ce « mouvement artistique controversé ». Dotés d’un esprit critique, les exposants semblent aspirer à distinguer leur pratique de la Photo mobile de celle « des innombrables portraits de chatons et de tasses à café ». Conscients d’une certaine « illégitimité » de la Photographie mobile dans l’esprit des publics, ils souhaitent par cette exposition, atténuer les préjugés.

 

La Photo mobile a son Festival.

 

Plus d’un an après cette première exposition, les préjugés et les critiques s’estompent, laissant place à une certaine curiosité envers ces photos mobiles exposées régulièrement au quatre coins de Paris et de la France.

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Des hashtags spécialisés naissent, des entreprises se créent comme Out of the Phone, éditeur de livres de photographies mobiles. Et désormais, la photographie mobile a son propre Festival où s’expriment photographes mobiles amateurs et professionnels, photojournalistes et chercheurs en sociologie. En route pour la reconnaissance artistique.

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