source: lencrenoir.com

Le culte de la beauté conduit-il à une perte de l’identité culturelle?

Depuis la nuit des temps, les femmes sont confrontées à un idéalisme de la beauté imposé par les hommes. Aujourd’hui, avec le phénomène de mondialisation, les médias se sont à leur tour emparés de cette image basée sur le physique, qui se retrouve pour la plupart du temps, très loin de la réalité. Certaines femmes s’éloignent ainsi peu à peu de leurs caractéristiques physiques rattachées à leurs origines culturelles. Mais à quel prix ?

21ème siècle, la communication des produits se retrouve au centre de la vie quotidienne. Dans les rues, les librairies ou devant la télévision, nous sommes tous, à ce jour, spectateurs de la publicité des marques. Pour se promouvoir au mieux, les enseignes doivent pour cela se positionner autour d’un axe de communication bien précis. Et dans le cas d’un secteur comme celui de la mode et de la beauté, ces marques associent leurs produits à l’image de la Femme. Ainsi, au fur et à mesure des années, un modèle de beauté international s’est vu diffusé et imposé dans la société. Même si certaines femmes mettent en avant les atouts dont elles disposent avec fierté, d’autres préfèrent choisir le chemin de la transformation, sans pour autant se soucier des dangers de ces pratiques.

 Des traits de caractères de moins en mois acceptés…

Premières touchées par ce phénomène, les femmes noires, les indiennes et asiatiques ont de plus en plus recours à des produits éclaircissants ou encore des pratiques chirurgicales pour ressembler un peu plus à leur idéal de beauté. Certaines y ont recours pour être plus facilement acceptées socialement, d’autres pour s’accepter tout simplement.

En Afrique,  il faudra attendre l’arrivée des colons pour voir apparaître une différence entre femmes d’une même ethnie. Les femmes noires sont séparées psychologiquement entre deux groupes distincts : Les peaux claires et les peaux foncées. Leur beauté n’était désignée que par un seul et même aspect, leur couleur de peau. Cette stigmatisation sera mot d’ordre de l’esclavage et perdure inconsciemment dans les mentalités jusqu’à nos jours. En effet, nombreuses sont les femmes noires de toutes origines différentes: africaines, américaines, indiennes ou caribéennes à utiliser des produits éclaircissants. Ces cosmétiques sont utilisés dans le monde entier et encouragées par les célébrités elles-mêmes. Une forte médiatisation circule tous les jours sur la beauté d’une peau « claire ». Aux Etats-Unis, de nombreuses chanteuses telles que Beyoncé ou encore Rihanna ont vu leur teint s’éclaircir au fil du temps et cela devant les yeux de leurs fans. Une  polémique s’est d’ailleurs manifestée dans la communauté noire, il y a de cela quelques semaines, après que le magazine américain Vanity Fair ait choisit de mettre en couverture Lupita Nyong’o avec la peau estompée au photoshop. L’actrice s’est fait connaître aux yeux du grand public pour son rôle de Patsey dans le film à succès 12 years a slave. Depuis sa médiatisation, elle représente un modèle de réussite pour les femmes noires fières de leur couleur ébène. Son public autour du monde a ainsi rejeté, à juste titre, cette médiatisation discriminatoire. Pire encore, certaines célébrités abusent de leur notoriété pour commercialiser des produits allant à l’encontre de l’identité culturelle mais également hautement dangereux ! Une chanteuse nigérienne prénommée Dencia,  a récemment lancé une marque de cosmétiques éclaircissantes Whitenicious et dont le stock s’est écoulé en moins d’une heure. Nombreuses, sont donc ces femmes qui revendiquent cette pratique par de l’esthétisme sans se soucier des problèmes de santé que cela peut coûter, ni de l’image qu’elles véhiculent sur la femme noire.

source:angazamag.com

Beyoncé avant/après

En Asie, Ce ne sont pas les produits mais bien des opérations auxquelles ces femmes se confrontent. Et la chirurgie esthétique est simplement devenue une mode dans l’air du temps, un cadeau de fin d’études courant, ou simplement l’avantage qu’il faut pour trouver du travail. Car si ces femmes se confrontent à cette transformation physique, c’est avant tout pour se faire accepter dans leur société. Et si le continent accueille la chirurgie esthétique comme une norme, elle a apporté sans le savoir un modèle de beauté unique. A titre d’exemple, l’émission de télé réalité coréenne « Let me in », suit la transformation chirurgicale d’une dizaine de filles, sélectionnées d’après leur profil « atypique ». Certes, ces opérations sont pratiquées dans le monde entier, mais ne sont ici utilisées qu’à créer une succession de femmes essayant toutes de rentrer dans un seul et même moule. Depuis plusieurs années, beaucoup de pays asiatiques sont touchés par le phénomène du « débridage des yeux ». Avec l’influence de plus en plus présente de la mondialisation et de la culture occidentale, les femmes ont une plus grande volonté de se rapprocher de cet idéal.

Publicité pour de la chirurgie esthétique en Corée du sud

Publicité pour de la chirurgie esthétique en Corée du sud

Les médias dirigent-ils notre vision ?

Où les médias se placent-ils dans tout ça ? Quand on sait qu’il aura fallut attendre les années 2000 pour que les grandes marques développent des produits capillaires et de beauté adaptés aux autres catégories ethniques, et qu’il aura fallut attendre 2009 pour voir apparaître le premier personnage noir signé Disney, ces circuits de distributions auxquels nous sommes confrontés quotidiennement et depuis notre plus jeune âge ne sont-ils pas responsables de ce rejet culturel ?  Au-delà de ce besoin d’être « belle » pour être acceptée, c’est toute la société qui impose progressivement cette norme physique en capitulant leur singularité. Volontairement ou pas, les médias du monde entier tuent peu à peu l’originalité jusqu’à créer une culture, une réflexion et un culte mondial singulier. Le message lancé est qu’il n’est plus bon d’être différent dans cette société qui pousse, sans arrêt le public à imiter les codes qu’elle véhicule, à travers la presse et les célébrités.

Heureusement, XXIème siècle est également synonyme de liberté d’expression. Et grâce à l’émancipation d’internet, les blogs et les réseaux sociaux ont pu donner la voix manquante à celles qui souhaitaient se démarquer tout en redonnant confiance aux autres. De nombreux bloggeurs dirigent aujourd’hui leur rédaction sur un retour vers « l’authenticité ». Le droit à la parole est une vertu qui n’a pas toujours existé et il est du devoir de chaque communiquant, de véhiculer au mieux la force de la différence et du pluralisme culturel.

Publicité Dove

5 comments

  1. La seule façon de répondre à cette tendance de la « culture unique », c’est l’éducation! C’est au parents d’enseigner à leurs enfants l’art de rester soi-même, l’art d’apprendre des autres cultures tout en s’affirmant dans la sienne. Nous, jeunesse, avons une grande responsabilité vis-à-vis de cela, nous sommes les parents de demain!!!

  2. Une revendication est nécessaire. Arretons de médiatiser les femmes idéales, et soyons nous mêmes. Les différences culturelles font notre beauté. Cet article nous fait prendre conscience de la réalité de la vie.

  3. Le problème repose souvent, comme expliqué dans cet article, sur les retouches informatiques quasi systématiques des photos publicitaires / magazines. Les législations devraient suivre l’exemple de pays comme le Royaume-Uni qui imposent d’ajouter la mention « photo retouchée » lorsque Photoshop est passé par là. Le public se rendrait compte aisément que cette femme parfaite n’existe pas.

Laissez un commentaire :