Les meetings politiques sont-ils has been ?

Les meetings politiques sont le premier poste budgétaire d’une campagne pour la plupart des candidats. Mais pourtant, peu nombreuses sont les personnes qui s’y déplacent.

On remarque une dimension événementielle non négligeable ces dernières années, surtout lors des dernières élections présidentielles. En effet, les candidats ont préféré élaborer leurs annonces les plus importantes lors de meetings géants. Pourquoi l’aspect événementiel prend une place si prépondérante ? Les médias font-ils d’un meeting un événement ? Et si oui, est-ce leur place ? L’efficacité des meetings est-elle si évidente ?…

 

Petit rappel…

Les meetings politiques ont une certaine épaisseur historique. Conçus initialement comme un lieu d’apprentissage de la citoyenneté et de la formation au jugement politique, le terme « meeting » n’apparait en France que vers les années 1930 et remplace celui de « réunion ». Depuis le Second Empire, les meetings permettent aux communicants politiques de mettre en avant les opérations qu’ils ont choisies. Dans leur grandeur, dans leur démesure, ou dans leur minimalisme (qui se perd de plus en plus), les meetings permettent d’orchestrer les choix de communication.

Au 19è siècle, les meetings politiques étaient nettement plus nombreux, tout comme le public qui en peuplait les salles. Effectivement, selon la police 170 000 Parisiens se seraient rendus dans les meetings durant la campagne électorale d’août 1893, alors que l’on a dénombré 20 000 participants au meeting du PS au Bourget le 22 janvier 2012.

 

Les meetings, une démonstration de force

Les meetings politiques ont rarement tenu à ce point le rôle d’orchestrateurs dans une campagne présidentielle et susciter la curiosité des médias. Aujourd’hui, le meeting est une démonstration de force et contient donc une part de spectaculaire. D’où l’apparition des meetings en plein air, la grande nouveauté de 2012 ! Les meetings politiques sont donc devenus des « méga-événements », que les candidats de 2012 ont rendus les plus monstrueux et extravagants possibles. La preuve le 15 avril 2012, lors du duel de Vincennes contre La Concorde.

Nicolas Sarkozy - La Concorde 2012

Nicolas Sarkozy – La Concorde 2012

François Hollande - Meeting de Vincennes 2012

François Hollande – Meeting de Vincennes 2012

Mais le meeting n’est-il pas rien de plus qu’un bain de foule ? Il monopolise une équipe de campagne entière pendant une semaine, en plus des bénévoles sur le terrain qui organisent et promeuvent le meeting. Sans compter les importants frais de location et de sécurisation d’un lieu public ou d’une salle de concert qu’il faut adapter, ainsi que les bus et les trains à affréter pour rameuter les partisans. Qu’y a-t-il à gagner à la veille d’une élection à extraire des militants déjà acquis de leurs quartiers pour leur faire acclamer un candidat  qui a d’ores et déjà leur soutien ? Arthur Muller, un des stratèges de François Hollande et responsable de la campagne de mobilisation pour le porte-à-porte lors des présidentielles 2012 soutient cette idée : « Les gens commencent à penser que les grands rassemblements ne servent pas à grand-chose. […] Ils commencent à se dire que le retour sur investissement est trop faible ».

Ségolène Royal s’inscrit également dans cette perspective : il faudra « moins de meetings où on arrive, on est sur la tribune, on délivre un discours, on se fait applaudir. Il y a quelques cornes de brume, on replie les tréteaux et on recommence dans la ville voisine. Ca viendra le moment venu, mais je pense qu’une campagne ne se conduit aujourd’hui plus du tout comme ça ».

Les meetings ne serviraient-ils finalement qu’à satisfaire les demandes psychologiques des militants ? Ils ne cherchent, dans les faits, quasiment pas à changer la composition de l’électorat ou à convaincre les indécis de façon ciblée et résolue. Par exemple, lors des meetings de Barack Obama en 2008, son équipe numérique avait organisé des concours de SMS pour les partisans déjà sur place et qui attendaient le début des hostilités. Cela permettait à la foule de passer le temps, et aux analystes de données de la campagne de collecter des numéros à qui envoyer ensuite des demandes de dons ou de bénévolats. Malin ! Et surtout utile !

 

Le meeting politique est-il un événement ?

Le meeting politique est-il un événement en soi ? Difficile d’y croire lorsqu’on constate la faible fréquentation de ces rassemblements… En tout cas, s’il en est un, il constitue un genre d’événement qui demeure très particulier.

Indéniablement, les meetings sont relayés et surtout dramatisés par les médias. Pour Yves Pourcher, écrivain et essayiste français spécialisé dans la politique, la médiatisation de la vie politique de manière générale a transformé la nature même du meeting, désormais largement conçu dans la perspective de la retransmission télévisée de courts extraits. Selon lui, « le meeting n’existe plus […] que pour cette diffusion télévisée ». La preuve en est, les partis politiques enregistrent désormais eux-mêmes les images des meetings, pour les envoyer ensuite à la presse.

Avec le soutien médiatique, les meetings restent une vitrine pour l’image du parti et du candidat. L’écho médiatique est en effet un élément décisif du succès du dispositif meeting. Aujourd’hui, ce sont bel et bien les médias qui font d’un meeting politique un événement.

meeting politique photographe

Désormais, les partis politiques font même appel à des agences ou bien des consultants en événementiel pour les meetings politiques. André Loncle, ex Publicis Events, ex Public Système et désormais consultant pour Euro RSCG/Havas était par exemple chargé par le Parti Socialiste de la production des dix meetings de François Hollande, dont le très retentissant meeting du Bourget le 22 janvier 2012.

François Hollande - Meeting du Bourget 2012

François Hollande – Meeting du Bourget 2012

Il travaillait donc principalement avec Manuel Valls, alors responsable de la communication du parti. Mais agences ou consultants dans l’événementiel peuvent-ils réellement « créer » l’événement, monter le projet de A à Z, proposer un concept… ? Visiblement non. André Loncle raconte par exemple que les plannings des meetings et le choix des lieux étaient décidés par la direction de communication. Il en était de même pour la sécurité et la totalité de l’accueil, également gérés par le PS. André Loncle était donc en charge « uniquement » de la mise en œuvre, de la production, des moyens techniques, de la scénographie, de l’établissement de conducteur, des propositions de prestataires, etc…

 

Peut-être un jour basculerons-nous vers les modèles américains, avec une mise en scène encore plus gigantesque. Mais le public suivra-t-il ? Et surtout, les Français sont-ils prêts à accepter ces « méga-rassemblements » ? Rien de moins sûr…

Le meeting s’est considérablement modifié avec l’arrivée des médias. Il reste cependant un moment qui peut avant tout permettre aux Français de déclarer publiquement leur choix, mais de le faire dans le confort d’une assemblée où tout le monde pense pareil, et ce dans un pays où les individus ont tendance à garder leurs préférences électorales pour eux. Le meeting constitue un espace sûr où agiter le drapeau d’un parti n’est pas jugé.

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